J’ai senti mon téléphone glisser de mes doigts et disparaître sous ce fichu meuble bas. Juste avant la réunion importante, évidemment. Et bien sûr, il a fallu qu’il se loge dans le pire endroit possible : un espace minuscule contre le mur, hors de portée immédiate.
Je me suis accroupie, un peu raide dans ma jupe tailleur trop ajustée, plissant les yeux pour tenter d’apercevoir l’écran illuminé dans la pénombre. Rien.
Je me suis penchée davantage, avançant une main sous le meuble. Mes doigts ont effleuré la coque du téléphone. Encore un effort…
J’ai basculé sur la pointe des pieds, étirant mon bras au maximum, collant presque ma poitrine contre le bois froid pour gagner ces précieux centimètres. La jupe me serrait les hanches, m’empêchant d’écarter les jambes comme je l’aurais voulu. Je me suis mordu la lèvre, concentrée.
J’ai senti mon téléphone du bout des doigts. Presque… Presque… Voilà !
Un soupir de soulagement m’a échappé quand je l’ai enfin saisi. Mais en voulant me redresser, une résistance m’a stoppée.
J’ai tiré une première fois. Rien.
Une deuxième, un peu plus fort. Toujours rien.
Merde.
Ma main était coincée.
Un frisson a remonté mon dos. J’ai tenté de pivoter mon poignet, de le tordre doucement pour le dégager, mais le passage était trop étroit.
J’ai marqué une pause, le cœur battant plus vite que nécessaire.
Et c’est là que j’ai entendu la porte s’ouvrir.
Toi.
J’ai senti ta présence avant même de te voir.
Un silence. Puis ta voix, hésitante :
— Euh… tout va bien ?
J’ai fermé les yeux une demi-seconde, consciente de ce que tu étais en train de voir : moi, courbée en avant, perchée sur mes talons, une main coincée sous un meuble, mon fessier parfaitement offert à ton regard.
Une chaleur a envahi mon visage… et pas seulement.
— Oui, oui, ai-je lâché trop vite, trop nerveusement. Tout va bien !
Silence.
Tu ne bouges pas.
Je ne te vois pas, mais je te devine. Planté là, incapable de détourner les yeux. Comment le pourrais-tu ? Mes jambes fuselées soulignées par mes collants, la cambrure forcée de mon dos, la tension du tissu sur mes hanches.
Un frisson m’a parcourue.
— Tu es sûre ?
Ta voix s’est rapprochée.
J’ai dégluti.
— J’ai fait tomber mon téléphone… et… ma main est coincée.
Un souffle amusé t’a échappé.
J’ai voulu mourir.
Tu t’es avancé. J’ai perçu ton parfum avant même que tu ne t’accroupisses à côté de moi. Une odeur boisée, chaude, masculine.
— Coincée ?
Je n’ai rien répondu. À quoi bon ?
Tu as observé la situation. Je le sais, je l’ai senti. Tu as regardé mon bras bloqué, bien sûr… Mais aussi mes cuisses serrées, mes talons creusant la cambrure de mes reins. Mon corps tendu dans cette posture involontairement provocante.
Une tension insidieuse s’est glissée sous ma peau.
— Bouge doucement, m’as-tu conseillé.
J’ai obéi, essayant de pivoter mon poignet, mais chaque mouvement me forçait à onduler des hanches. Mon ventre s’est contracté.
— Laisse-moi essayer.
J’ai hoché la tête, incapable de parler.
Ta main s’est refermée autour de mon poignet. Ta paume chaude sur ma peau fraîche.
J’ai frissonné.
— À trois, d’accord ?
J’ai hoché la tête, encore.
Ton autre main s’est posée sur ma hanche, pour me stabiliser, sûrement.
Ou peut-être pas.
— Un…
Ton souffle était juste derrière moi.
— Deux…
J’ai retenu le mien.
— Trois.
Tu as tiré d’un coup sec.
Mais ma main est restée coincée.
J’ai sursauté. Un étrange malaise a glissé le long de mon échine.
— Oh… On dirait que ça ne marche pas, as-tu soufflé d’une voix trop calme.
J’ai dégluti.
J’étais prisonnière.
Et tu le savais.
J’ai senti ta main toujours posée sur ma hanche. Légèrement appuyée. Juste assez pour que je sente la pression.
Tu as bougé un peu, comme si tu réfléchissais à une autre solution, mais ton souffle était plus proche.
Un doute s’est insinué en moi.
Faisais-tu exprès ?
Une partie de moi voulait te dire d’arrêter, de tirer plus fort, de me libérer immédiatement. Mais l’autre…
L’autre ressentait autre chose.
Quelque chose d’inavouable.
— Peut-être que si tu te penches un peu plus en avant…
J’ai cligné des yeux.
— Ça pourrait libérer un peu d’espace, tu vois ? Essaye de tendre tes jambes, de te mettre plus sur la pointe des pieds.
J’ai hésité.
Puis j’ai obéi.
Je me suis hissée plus haut, les mollets tendus, l’équilibre précaire sur mes talons. Ma jupe est remontée d’un cran. Le tissu a épousé mes formes avec une indécence qui m’a échappé sur le moment.
— Oui… comme ça…
Ta voix avait changé.
J’ai inspiré profondément, sentant mon corps se tendre sous l’effort. Mais mon poignet restait bloqué.
— Encore un peu… peut-être si tu lèves une jambe…
J’ai tourné la tête vers toi, interdite.
— Pour modifier l’angle… a-tu précisé d’un ton faussement innocent.
J’aurais dû protester.
Mais j’ai levé lentement ma jambe, posant la pointe de mon pied contre le meuble pour me stabiliser.
Ma position était devenue absurde.
Indécente.
J’ai senti la tension dans le tissu avant même d’entendre le bruit.
Un craquement sec, bref, sans appel.
J’ai figé mon mouvement, le souffle suspendu, espérant, priant presque, que ce n’était qu’une illusion, un simple froissement. Mais non. Un courant d’air glacé a glissé contre ma peau, exactement là où il n’aurait pas dû.
Ma jupe venait de céder.
J’ai ouvert la bouche, choquée, luttant contre l’impulsion de plaquer ma main libre sur l’arrière de mes cuisses. Mais c’était impossible. J’étais toujours coincée, exposée, vulnérable.
Et toi, derrière moi, parfaitement silencieux.
Je n’osais pas me retourner, mais je te sentais. Ton regard, brûlant, ancré sur moi.
Un mélange d’angoisse et d’autre chose—une chaleur plus sourde, plus honteuse—m’a envahie.
J’ai voulu parler, lancer une plaisanterie nerveuse, désamorcer l’instant. Mais aucun son n’est sorti.
Juste cette évidence : j’étais à ta merci.
Dis moi en commentaire, cher lecteur ce que tu ferais ensuite…